Né dans une famille de condition très modeste, Karl Philipp Moritz est placé en apprentissage chez un chapelier à l'âge de douze ans, après une instruction sommaire. Grâce à l'aide d'un bienfaiteur, il est en mesure d'étudier la théologie à Erfurt et à Wittenberg, quoiqu'aussitôt après il ait pris la décision de devenir acteur. Après l'échec de ce projet, il devient précepteur en 1777. Deux ans plus tard, il devient franc-maçon et fait la connaissance de philosophes des Lumières, comme Moses Mendelssohn, Marcus Herz et Johann Erich Biester. En 1784, il obtient le poste de professeur au Gymnasium de Berlin, en même temps qu'il devient journaliste à la Vossische Zeitung pendant un an. Après seulement deux ans d'enseignement, il décide de devenir écrivain et renonce à son poste en 1786.
Il quitte Berlin et commence un voyage en Italie pour écrire un livre. Il passe là-bas deux années au cours desquelles il rencontre Goethe, qui lui accordera son soutien. À son retour à Berlin, il obtient le poste de professeur d'archéologie et d'esthétique à l'Académie Royale des Beaux-Arts en 1789. Un de ses étudiants les plus connus sera Alexander von Humboldt. Poursuivant sa carrière, il devient membre de l'Académie royale des sciences de Prusse en 1791.
Bien qu'il ne vécût que trente-six ans, il a été un écrivain très fécond et a publié plus de cinquante livres.
Son œuvre la plus marquante s'intitule Anton Reiser, roman psychologique (Anton Reiser : ein psychologischer Roman, Berlin, Maurer, 4 vol., 1785-1790). Ce roman d'apprentissage raconte l'histoire d'un enfant doué, né dans un milieu pauvre, qui a la passion du théâtre. L'auteur déploie dans ce livre de fines analyses psychologiques un peu à la manière de Rousseau.
Sur l'ornement, édition de Clara Pacquet, postface de Danièle Cohn, Paris, Rue d'Ulm, 2008.
Bibliographie
Anton Reiser : autobiographie et avènement du sujet, sous la dir. de Jean-Marie Paul, Nancy, Centre de recherches germaniques et scandinaves de l'université de Nancy II, 1994.
Martine Leibovici, Autobiographie de transfuges. Karl Philipp Moritz, Richard Wright, Assia Djebar, coll. « L'esprit des lettres », Le Manuscrit, 2013.
Clara Pacquet, Signature et achevé en soi. Esthétique, psychologie et anthropologie dans l'œuvre de Karl Philipp Moritz (1756-1793), Dijon, Les presses du réel, 2017.
Cord-Friedrich Berghahn: Das Wagnis der Autonomie. Studien zu Karl Philipp Moritz, Wilhelm von Humboldt, Heinrich Gentz, Friedrich Gilly und Ludwig Tieck. Universitätsverlag Winter, Heidelberg 2012 (ISBN978-3-8253-5988-1)
Jörg Bong: „Die Auflösung der Disharmonien“. Zur Vermittlung von Gesellschaft, Natur und Ästhetik in den Schriften Karl Philipp Moritz’ (= Analysen und Dokumente. Band 32). Peter Lang, Frankfurt u. a. 1993 (ISBN3-631-46150-X).
Martin Fontius(de), Anneliese Klingenberg (Hrsg.): Karl Philipp Moritz und das 18. Jahrhundert. Niemeyer, Tübingen 1995 (ISBN3-484-10724-3).
Lothar Müller(de): Die kranke Seele und das Licht der Erkenntnis. Karl Philipp Moritz’ Anton Reiser. Athenäum, Frankfurt am Main 1987 (ISBN3-610-08913-X).
Christof Wingertszahn(de): Anton Reisers Welt. Eine Jugend in Niedersachsen 1756–1776. Ausstellungskatalog zum 250. Geburtstag von Karl Philipp Moritz. Wehrhahn, Laatzen 2006 (ISBN978-3-86525-054-4).