Œuvre de jeunesse du musicien, elle reprend le texte de l'évangile de Jean chapitres 18 et 19-v37, sans en omettre un mot, ni rajouter de paraphrase. Après une aria très ornée qui annonce le titre, toute l'œuvre est chantée dans un stile recitativo, accompagné seulement par la basse continue, où seules quelques brèves interventions réclament le chœur, qui intervient en homorythmie[1] et de manière syllabique, au début et à la fin de l'œuvre[2]. Se laissant conduire par le texte, Scarlatti n'emprunte son style ni à l'opéra ni à la polyphonie de Palestrina, ou au style religieux du jour, mais « réalise une remarquable synthèse d'éléments archaïques et traditionnels, joint densité et sobriété entre arioso et chœur »[3]. Sobre, mais la partition est inspirée d'une émotion simple et forte[4] où la substance musicale en continu n'use d'aucune répétition, fugue, rondo, da capo[1]... L'efficacité dramatique est d'autant plus frappante que les moyens sont sobres[2]. André Tubeuf renchérit[5] : « l'orchestre certes est réduit aux cordes mais la ferveur, l'engagement, l'impact émotionnel sont sans limites ».
Toutes les interventions du Christ sont marquées par Scarlatti par une indication Largo ou parfois Dolce, contrastant avec l'agitation de la foule[2]. Le dessin des mélodies du Christ sont tous descendants, généralement par degrés conjoints. L'exemple le plus frappant étant la dernière phrase prononcé par le Christ « Consumatum est », qui « se termine sur une intense descente mélismatique de plus d’une octave »[2].
Cette passion en latin est historiquement l'un des rares exemples de passion catholique[1], dans un style sobre, alors que les autres oratorios du musicien sont eux proches du style de l'opéra.
« Nous connaissons de lui une Passion selon saint Jean qui est petit chef-d'œuvre de grâce primitive, où la façon d'écrire les chœurs a la couleur d'or pâle qui cernait si joliment le profil des vierges qu'on voit aux fresques du temps. C'est beaucoup moins fatigant à entendre que L'Or du Rhin, et l'émotion apaisée qui s'en dégage est doucement réconfortante. »
Ensemble Musica Polyphonica ; René Jacobs, contreténor ; dir./ténor Louis Devos ; Ludovic de San, baryton (1973, Arion) (OCLC718074291)
René Jacobs, contreténor (Testo, évangéliste) ; Kurt Widmer, baryton (Christus) ; Graham Pushee, basse (Pilatus) ; Die Basler Madrigalisten (dir. Fritz Näf) ; cordes de la Scola cantorum Basiliensis (21-, DHM 757617-2)[8],[9] (OCLC611639028), (OCLC851554627 et 1013548970)
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano (Testo) ; Salvo Vitale, basse (Christus) ; Guillaume Houcke, contreténor (Pilatus) ; Millenium orchestra et Chœur de chambre de Namur, dir.Leonardo García Alarcón (, Ricercar RIC378)[10],[11],[12].
↑Lors d'une réédition ce disque a été distingué par Denis Morrier de « 4 clés » dans le magazine Diapason no 361, juin 1990, p. 152.
↑Diapason, Dictionnaire des disques et des compacts : guide critique de la musique classique enregistrée, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », , 3e éd., xiv-1076 (ISBN2-221-05660-4, OCLC868546991, BNF34951983), p. 776 : « René Jacobs rend la partie de l'Évangéliste au registre d'alto […] et accentue ainsi le contraste de timbre entre la voix du Christ (basse) et le narrateur. Les paroles des juifs, des grands prêtres et des soldats sont chantées par le chœur, selon la tradition. Aucune faute de réalisation […] et quel bel ensemble instrumental ! »
↑Lors de sa sortie ce disque a été distingué par Sophie Roughol de « 5 clés » dans le magazine Diapason no 657, mai 2017 ; par Jérémie Bigorie d'un « choc » dans Classica no 192, mai 2017.
Sylvie Buissou et Edmond Lemaître (dir.), Guide de la musique sacrée et chorale, l'âge baroque 1600–1750, Paris, Fayard, coll. « Les Indispensables de la musique », , 828 p. (ISBN2-213-02606-8, OCLC708322577, BNF36654339), p. 667.
(de) Benedikt Johannes Poensgen (thèse de doctorat), Die Offiziumskompositionen von Alessandro Scarlatti : vol. 1. Zur Biographie und zu den Offiziumskompositionen Alessandro Scarlattis ; vol. 2. Verzeichnis der Offiziumskompositionen, Hambourg, Université de Hambourg, , xiii-276 et 159 (462) (OCLC76146656, lire en ligne [PDF])
Luca Della Libera (trad. Christophe Georis), « Alessandro Scarlatti, Passio secundum Joannem (dir. Leonardo García Alarcón) », p. 16–20, Ricercar RIC 378, 2016 .